Jeudi 11 novembre 2010 4 11 /11 /Nov /2010 15:55

Compte-rendu de la conférence portant sur "La gouvernance européenne", qui a eu lieu à la Bourse du Travail de Lyon le mercredi 10 novembre 2010.


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    (c) Comment'aire

 

Un manque d'impulsion

 

En mai 2010, selon Philippe Herzog, conseiller spécial auprès du Commissaire européen Michel Barnier, "on a nettoyé les écuries d'Augias".

 

Confrontés à la crise grecque, les 27 avaient alors mis en place un dispositif d'urgence : le Fonds européen de stabilisation financière. Le FESF est opérationnel depuis août 2010, il est destiné à aider les États membres qui ne pourraient plus emprunter sur les marchés. Ce fonds peut mobiliser jusqu'à 750 milliards d'euros de prêts : 60 milliards garantis par le budget européen, 440 milliards garantis ou empruntés directement par les États européens, et 250 milliards par le FMI.

 

Et maintenant, que peut faire l'Europe pour remédier à la crise?

Philippe Herzog constate l'échec de la stratégie de Lisbonne, lancée par le Conseil européen en mars 2000. Cette stratégie avait pour but de faire de l'Union européenne une économie plus compétitive et de parvenir en dix ans au plein emploi, notamment grâce à des politiques d'investissement dans l'éducation et la formation. Incontestablement, il manque à l'Europe une impulsion, un véritable pilotage. Il faudrait un nouvel acte unique européen pour relancer le marché commun, l'investissement dans les hautes technologies, la croissance soutenable. La Commission européenne manque de leviers, notamment d'un budget conséquent. En 2009, le budget de l'UE représentait seulement 1,03% du revenu national brut de l'UE. Philippe Herzog affirme que, PAC mise à part (seuls les critères d'attribution des subventions sont à revoir), le peu de moyens financiers dont dispose l'UE sont gâchés.

 

"La crise est mère des changements"

 

Pourtant, Loukas Tsoulakis, conseiller spécial auprès de José Manuel Barroso, veut croire que la crise sera un catalyseur, qui accélèrera l'intégration européenne. C'est l'occasion pour les États membres de parvenir à une coordination renforcée des politiques économiques. L'obstacle à davantage d'intégration selon lui, ce sont les multiples structures de décision, notamment la réticence des parlements nationaux. Et de conclure son intervention par un trait d'humour : "l'appétit pour davantage d'intégration n'est pas encore là, alors espérons que l'appétit viendra en mangeant".

 

Quelle politique industrielle et commerciale?

 

Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, tient à rappeler que la zone euro est hétérogène. Le sud (France, Espagne, Italie, Portugal...) et le nord de l'Europe (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande...) connaissent de fortes disparités en terme de coût du travail, de profitabilité et de balance commerciale. Cette hétérogénéité est normale : au sein de la zone euro, les pays ont tendance à se spécialiser, et non à converger. Il existe cependant une "mauvaise" hétérogénéité : certains pays, comme l'Espagne, ont abusé du crédit pour accroître leur production de biens et services.

 

En conséquence, dans une zone euro hétérogène, il ne faut pas de règles homogènes.

Une relance de la croissance est-elle possible lorsque l'on applique uniformément aux États membres des critères - les critères de Maastricht - établis avant la crise? Cela revient à poser un garrot à des pays qui ont des potentiels de croissance très différents.


Il n'existe pas de modèle de croissance unique, valable pour chaque pays. Par exemple, on ne peut pas appliquer à l'Espagne le modèle allemand : si l'Espagne est dans la même situation qu'a connue l'Allemagne après la réunification (une croissance basée essentiellement sur la consommation et sur le bâtiment), il serait difficile de lui demander de baisser son coût du travail : actuellement le coût du travail en Espagne représente 70% du coût du travail allemand. Les pays de la zone euro ne sont pas tous en mesure de baisser leurs coûts salariaux. Il est donc nécessaire de s'orienter vers des politiques favorisant l'innovation. Néanmoins, plus de recherche-développement implique de former davantage de personnels très qualifiés, d'ingénieurs... ce qui ne s'obtient pas en seulement une année ou deux.

 

Quel rôle pour la Banque centrale européenne?

 

Jean-Claude Trichet, président de la BCE, souligne que l'Europe est une union économique et monétaire (UEM) : "nous sommes responsables du M, les exécutifs et la Commission sont responsables du E". En d'autres termes, depuis juin 1998 la BCE a pour tâche principale de maintenir la stabilité des prix dans la zone euro. "De notre côté, nous faisons notre travail". Force est de constater qu'elle tient ses engagements, puisque l'inflation annuelle moyenne dans la zone euro est évaluée à 1,97%.

 

Si Jean-Claude Trichet convient que la zone euro est hétérogène, du fait de la division du travail qui s'opère entre pays européens, il est convaincu que le respect du Pacte de stabilité et de croissance est une condition nécessaire de la prospérité économique. "Nous plaidons nous-mêmes pour des politiques structurelles ambitieuses", déclare-t-il. Pour autant, cela ne dispense pas les États membres de faire preuve de "sagesse budgétaire".

Il rejoint ses interlocuteurs sur la question du levier budgétaire européen, et ajoute : "nous avons besoin d'une quasi-fédération économique et  budgétaire".

 

A l'issue du débat, tous les intervenants se sont montrés sceptiques quant à la réalité de l'union économique en Europe. Cette dernière semble souffrir d'un déficit de fédéralisme budgétaire. Un fédéralisme difficile à construire, tant les États-nations font preuve de mauvaise volonté. Et pour cause : les citoyens et la gouvernance européenne, ça fait deux.

 

 

Par Yannélic
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